Concours de nouvelles 2014

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Pour cette 3e édition du concours de nouvelles de la commission « Jeunes adultes » de l’AFH, une vingtaine de textes nous sont parvenus : avant toute chose, merci à tous les participants ! Le thème « Se faire un sang d’encre » pouvant être compris de différentes façons, il a donné lieu à des contributions de styles très divers, ce dont nous nous réjouissons ! Sans plus attendre, voici le podium :
1er prix : « Ça va saigner ! », par Jean-Christophe Perriau
2e prix : « Transmission », par Laurent Hellot
3e prix : « Petits papiers », par Antoine Miller

« Ça va saigner ! » nous a touchés par son ton juste, celui d’un enfant sur qui pèse l’inquiétude de sa mère, avec une description fidèle mais légère de la maladie de Willebrand accompagnée d’une chute pleine de second degré et de malice ! Nous saluons également les nouvelles qui ont reçu les accessits, que vous pouvez retrouver sur le site Internet de la commission « Jeunes adultes ».

– Maman, s’il te plaît…
– Non, Jérémy, un point c’est tout.
– Mais maman !
– Il n’y a pas de mais. C’est trop risqué.
– Je ferai attention, je te jure. Et puis papa sera avec moi, il sait ce qu’il faut faire. Allez, maman ! Ma petite maman chérie que j’aime !
– N’essaye même pas !
– Pour une fois que mes problèmes peuvent me servir à quelque chose !
Ma mère est une grande angoissée. Ce qu’on appelle une stressée de la vie. De ma vie, surtout ! Elle se fait un sang d’encre dès qu’il m’arrive le moindre pépin. Ou même dès qu’il risque de m’arriver le moindre pépin. Une goutte de ketchup sur ma main et la voilà prête à appeler un hélicoptère pour m’amener à l’hôpital !
Mon père, lui, c’est tout le contraire : un calme olympien, en permanence. Quelle que soit la situation. Excepté cette fois où il m’a amené aux urgences de l’hôpital parce que mon nez saignait depuis des lustres et qu’il n’arrivait pas à arrêter le saignement. Quand le docteur a vu les ecchymoses sur mon corps, il a fait appeler la sécurité de l’hôpital pour arrêter mon père, persuadé que c’était lui qui m’avait causé tous ces bleus et mon saignement de nez. Mon père, violent… s’ils savaient !
A la décharge de ma mère, son fils adoré – moi, donc – souffre de ce qu’on appelle la maladie de Willebrand de type 2B. Touché-coulé. Au début, quand on m’a parlé de « von Willebrand », je croyais que c’était un compositeur genre Ludwig van Beethoven, du coup je pensais que j’aurais un don pour la musique. En fait non. C’est nettement moins cool que ça. J’ai un problème qui fait que quand je me mets à saigner, ça ne s’arrête pas. A priori ce n’est pas comme l’hémophilie : il y a une histoire de facteur, à laquelle je n’ai jamais rien compris.
Ce que j’ai compris par contre, c’est que je suis atteint d’une maladie génétique. Et héréditaire. Sauf que ni mon père ni ma mère n’en souffrent. Je suis donc, d’après ce qu’a dit le docteur, le fruit d’une mutation génétique. J’avoue que je m’en serais bien passé. En fait, ce que j’ai étant habituellement transmis par hérédité, j’aurais dû passer à travers comme mon frère et mes deux sœurs. Mais il a fallu qu’un de mes gènes décide de se la jouer différent, et voilà le travail ! Le vilain petit canard ! L’intrus ! Pour lequel maman se ronge les sangs. Bah, tant qu’elle ne ronge pas le mien… parce que je le perds à une vitesse ! Elle a même pris des cours pour faire les piqûres pour que je n’aie pas besoin de courir à l’hôpital en cas de problème. Une vraie pro, ma pauvre petite maman. Elle s’inquiète tout le temps. Et en plus, elle s’en veut à mort. Même si le docteur a dit qu’elle n’y était pour rien et que cela ne m’empêcherait pas de vivre normalement, qu’il fallait juste que je fasse attention.
J’ai ça depuis que je suis né, mais on ne s’en est aperçu que quand j’ai perdu ma première dent. J’avais la bouche toute rouge. Maman croyait que je lui faisais une blague jusqu’à ce qu’elle se rende compte que ma gencive n’arrêtait pas de saigner. Pompiers, urgences, tout ça tout ça… Heureusement qu’un des docteurs avait déjà vu ça, il m’a tout de suite dit ce que j’avais. Il a quand même voulu faire tout un tas de tests et d’examens super longs et il a eu la confirmation. Et ma mère, la sanction : maladie de Willebrand type 2B. C’est pour ça que j’avais tout un tas de bleus dès qu’on me touchait et que quand mon nez se mettait à saigner, ça pissait pendant des heures : parce qu’un truc dans mon sang ne fonctionne pas normalement et n’aide pas les plaquettes à se coller au trou qu’il y a dans mon vaisseau sanguin pour le reboucher. Alors ça coule.
Maintenant, je suis habitué. Quand mon nez joue les chutes du Niagara, j’ai la méthode : assis, bien droit, le nez pincé pendant quinze minutes, à refaire si ça ne marche pas du premier coup. Je ne te dis pas la touche que ça me donne quand je dois rester en classe comme ça pendant un quart d’heure ! Heureusement que les copains sont au courant, ils ne se moquent pas. Il y en a même qui s’inquiètent et j’avoue que des fois, avec les filles, j’en rajoute un peu. J’aime bien l’attention qu’elles me portent !
Pour le reste, il y a quand même pas mal d’inconvénients. J’ai dû passer des petites nuits à l’hôpital de temps en temps, et à cause des carences, j’ai parfois des moments de grosse fatigue. Mais le plus ennuyant, c’est de ne pas pouvoir jouer à la bagarre avec les autres. Et puis j’ai tout un tas de sports que je ne peux pas faire, ou plutôt que ma mère m’empêche de faire : pas de rugby, pas de boxe, pas d’arts martiaux… Bon, pour le saut en parachute, je comprends, mais quand même, qu’elle ne veuille pas que je fasse du foot ou du basket ! Raquette ou natation : tel était mon choix. Alors je fais du tennis. Quand je pense que ma stressée de génitrice voulait que je mette un casque à visière comme au hockey, au cas où je prendrais une balle dans le nez ! Heureusement que mon prof de sport me laisse de temps en temps faire les trucs avec les autres. En faisant attention.
Bref, ce n’est pas la plus terrible des maladies et ça n’a pas d’impact sur mon espérance de vie, mais ce n’est pas toujours facile. Surtout avec ma mère sur le dos. Il n’y a qu’un jour de l’année où mes ennuis m’arrangent : aujourd’hui ! Et ma mère est sur le point de gâcher mes plans.
– Maman, je t’en supplie ! Je peux gagner le concours avec ça !
– Mais tu te rends compte de ce que tu veux faire ?
– Papa, dis-lui, t’es ma dernière chance.
– Allez, ma chérie, laisse-le faire. C’est juste pour s’amuser. Il l’a bien mérité. Je serai avec lui, ne t’inquiète pas.
– Bon d’accord. Mais tu fais bien attention, hein ?
– MERCI MAMAN !!!!
Allez, c’est le moment d’enfiler mon costume de Dracula. Un petit coup dans le nez et Halloween, me voilà !
Trick or treat !! Ça va saigner !!

Mise en ligne le 25 février 2014 par Admin

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